Désert
Un
de mes grands moments... , dans le désert, le jeudi 30 mars
2006.
Nous marchions déjà sous un
soleil de
plomb, alors qu’il n’était que 10h30
environ
sur l’hammada du Dra.
L’hammada
est une partie plate, composée de
cailloux sombres et ronds de taille moyenne.
Je
m’amusais à faire un petit tour sur
moi-même pour
voir ce qui se passait à 360 ° : le hammada et rien
d’autre ! ... comme un grand tapis volant qui flotte dans
l’espace ...
Même
avec la soif et la fatigue, je ne me suis pas
lassée
de ce paysage pourtant monotone et aux apparences sombres, car je
savais qu’après cette
«épreuve» ... une
récompense nous attendrait !
D’ailleurs,
depuis que nous sommes arrivés au
Maroc,
c’est la même opération
mathématique qui se
produit à chaque fois : dès que nous nous
arrêtons, une récompense 100%
garantie ! Un
spectacle à la fois simple et majestueux, authentique, pur
et
harmonieux : la Beauté ; celle des cailloux, des dunes, du
ciel,
des dromadaires, des arbres, des fleurs, des oiseaux, de la lune, de la
nuit noire pétillante d’étoiles, du
soleil qui se
lève ou se couche, de la lumière, des couleurs de
la
terre et du ciel, du bruit du vent que nous entendons arriver
de
très loin et repartir en sifflant là-bas dans le
lointain, des chants rythmés, des histoires de la vie du
désert, de ses hommes bleus qui
m’émerveillent ...
Là,
la récompense, je la connaissais :
c’était le puits ...
Je
l’imaginais, je le dégustais avant
même de le
voir et de le boire, puis à l’horizon, le
voilà
!
Je
me rends compte que mon imagination est alors très
limitée car le spectacle est inattendu : des
chèvres, des
ânes qui viennent comme nous s’abreuver.
Je
suis épatée par ces « retrouvailles
animales
» avec le même but : boire, se
rafraîchir, se
reposer, se requinquer !
Et
puis venue de nulle part, la bergère de ce troupeau qui
arrive voilée jusqu’au bout du nez, nous ne
verrons pas
son visage ni même ses yeux ..., juste ses mains avec des
bracelets et le son de sa voix pour rappeler son troupeau. Elle vient
elle aussi remplir ses gros bidons ...
Je
n’en reviens pas ! Pourtant quoi de plus banal
qu’un troupeau de chèvres avec une
bergère ?
Sauf
qu’ici dans le désert, le puits est un
rendez-vous
incontournable, celui de la vie ! Celui des oiseaux, des
chèvres, des ânes, des dromadaires et des hommes.
Nous
avons eu la chance de vivre cette rencontre !
C'était
pour nous un lieu de passage obligatoire
pour
terminer notre aventure car il n’y a pas d’autre
puits
dans les kilomètres alentours ... et nous n’avions
plus
d’eau.
Ici
près de ces animaux, des amis, de Moustafa et de Mohamed
qui
font le plein des jéricans, du dromadaire qui transportera
notre
eau jusqu’à la fin, et de cette
bergère, je fais le
plein d’énergie pour reprendre le chemin
jusqu’au
déjeuner. Mohamed me vide une bouteille sur la
tête,
c’est un moment délicieux et inattendu.
Ce
puits m’aura apporté plus que ce que
j’avais imaginé !
Nous
sommes douchés, habillés et prêts
pour
reprendre le chemin du hammada où enfin, plus tard se
détachera un grand tamaris à l’horizon
!
Ce
sera une nouvelle récompense : son ombre spacieuse
apaisante
et fraîche, le thé, et le pain frais que nous font
nos
guides sous nos yeux ! Ils ont pris soin de ramasser du bois, fait du
feu, pétri la pâte qui a levé
rapidement avec la
chaleur (40°environ ...). La cuisson du pain dans le sable : un
délice simple et exceptionnel ...
Nous
reprendrons la «route» vers 16h,
l’heure
où le soleil commence à nous offrir une
température plus douce. Nous ferons une courte pose pour le
voir
se coucher à l’horizon avec sa mise en
scène
toujours colorée, spectaculaire et différente
à
chaque fois.
C’est
la lune qui nous offrira à son tour sa
récompense à la tombée de la nuit
avant
d’arriver à notre dernier bivouac : son minuscule
premier
quartier, posé comme un sourire discret dans le ciel ...
Ce
sera notre dernière nuit «à la
belle
étoile» dans le désert, je savoure ...
; je
savoure le tajine végétal, le pain de four et de
sable,
les dernières notes de musique, les étoiles, la
nuit
noire, la compagnie des amis, mon réveil avec la lueur du
soleil
toujours majestueux à son lever ...
Consciente
d’être chanceuse d’avoir
vécu cette
expérience dont j’attendais beaucoup et qui
m’a
offert encore plus que ça !
Je
me sens «re-minéralisée»
grâce au
sable et aux cailloux sur lesquels mes pieds se sont appuyés
et
mon corps allongé, reposé.
Je
me sens «re-végétalisé
»
grâce aux fruits surtout les oranges grosses comme des
pamplemousses et aux légumes dont nous nous sommes nourris.
Je
me sens «re-animalisée»
grâce à la
présence chaleureuse, protectrice et sereine des dromadaires
et
à cette vie simple et sans concession que nous ont offert le
désert et les nomades
Lieu
où les éléments ont pris une
place permanente et essentielle, leur place :
l’eau,
la terre, le vent, le feu du soleil ou des braises, le
bois ... mais aussi, les fruits, les légumes et le pain :
l’essentiel de l’essentiel ! pour
satisfaire nos
besoins vitaux élémentaires !
Je
suis complètement
«re-vitalisée» et je
profite encore aujourd’hui de cet enseignement du
désert
et je crois que ça va durer encore, encore et encore.
Marie
Christine Mourier
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